Pourquoi pleure-t-on ?

La question

Le rôle physiologique des larmes est aujourd'hui bien connu. En plus de protéger l'oeil du dessèchement et des aggressions extérieures, elles ont une fonction d'oxygénation et de nutrition de la cornée. Ainsi, nous pleurons pour une poussière dans l'oeil, ou lorsque l'on épluche un oignon... Mais quel rapport entre cette fonction biologique et l'envie irrépressible  d'éclater en sanglots sous le coup d'une forte émotion ? Y-a-t-il un rapport entre ces deux manifestations, et pourquoi cela fait-il du bien de pleurer ?
 
larmes

La réponse

Il existe une multitude d'évènements qui peuvent causer l'apparition de larmes. La production de liquide lacrymal en tant que défense de l'oeil a déjà été expliquée dans un autre article de la rubrique, mais sa relation avec les émotions est un peu plus délicate à expliquer.
 
En psychologie, on attribue à certaines émotions, les "émotions simples", une origine ancienne et impliquée dans la survie. Ces émotions, universelles, sont partagées par tous les êtres humains et sont indépendantes de la culture. La tristesse en fait partie, tout comme la joie, la colère, la peur, etc... Elles sont le fait d'une interprétation de la réalité et d'une intériorisation, mais peuvent être indépendante de tout raisonnement. Elles ont de multiples rôles : elles facilitent la communication entre les individus, signalent des évènements importants et motivent un comportement.
 
La peur et les réactions physiques de fuite ou de prudence qu'elle implique ont sans doute sauvées plus d'un de nos ancêtres ! Mais l'émotion est aussi et surtout un mode de régulation interne de notre appareil psychique. De même qu'il est important de garder un équilibre de notre taux d'hormone, de sucres, il est également important que les tensions accumulées soient libérées. C'est une question de santé mentale mais aussi de santé physique, puisqu'une émotion refoulée peut avoir des répercussions sur l'organisme.
 
Hypothalamus
Localisation de l'hypothalamus dans le cerveau
Le siège des émotions, appelé parfois système limbique, est représenté par l'hypothalamus. Il fait parti du système nerveux autonome.  Contrairement au cortex, centre de la raison, l'hypothalamus incarne les fonctions de l'instinct et des pulsions, nécessaires à la survie (faim, soif, reproduction, allaitement, aggressivité...). Il supervise aussi les sécrétions hormonales, le fonctionnement des organes internes, et le déclenchement des réflexes.
 
Certains évènements mettent notre appareil psychique sous tension. La perte d'un être cher, une séparation, une mauvaise nouvelle, une déception atteignent notre moral et créent des influx au niveau de l'hypothalamus, du thalamus (réactions émotionelles somatiques) et du rhinencéphale (affects). Au niveau physique, cette charge à pour conséquence de libérer des hormones de stress et de créer des tensions épigastriques : c'est ce que l'on ressent lorsque l'on a l'estomac et la gorge nouée. Parfois, la respiration devient lourde par la crispation du diaphragme et d'autres muscles peuvent se crisper nerveusement.
Avec l'âge, on apprend à maitriser et refouler l'envie de pleurer ; mais parfois elle nous submerge, et ce n'est, au fond, pas plus mal. L'hypothalamus enclenche alors son rôle de régulateur des tensions : le nerf facial VII est relié aux glandes lacrymales et permet leur stimulation, en même temps que les sanglots, spasmes incontrolables, permettent de désserer les multiples tensions acumulées dans l'organisme. Une fois la porte ouverte, impossible de l'arrêter ! C'est la fameuse phase de la décharge émotionelle, après laquelle on se sent généralement soulagé et plus détendu.
Sur le rôle des larmes dans ce delestement, on ne peut qu'avancer des hypothèses :  elles permettraient l'évacuation d'hormones de stress et, tout comme elles protègent de l'irritation, elles protègeraient de l'émotion...
 
Le déclenchement des larmes est un phénomène réflexe, donc géré par l'hypothalamus, qui reçoit aussi les influx émotionels ! Les glandes lacrymales étant reliées à l'hypothalamus par un nerf, il n'est pas étonnant que l'expression des émotions impliquent des larmes...
D'ailleurs, les larmes peuvent survenir aussi lors d'une grosse douleur, d'une grande joie..., bref, à chaque fois qu'une forte émotion doit être exprimée.
Error
Les petites larmes des fous rires ont la même origine que celles des baillements : l'ouverture de la bouche, exagérée par le rire, bloque l'évacuation du liquide lacrymal par la gorge et le nez, et le surplus "déborde" de l'oeil.
 
En résumé...
 
Certains évènements mettent notre système psychique sous tension, ce qui se répercute au niveau biologique par une libération d'hormones du stress et une crispation de certains muscles. Pour libérer cette tension, l'hypothalamus (siège des émotions) peut déclencher larmes et sanglots : cette décharge émotionnelle a pour effet de détendre et d'éliminer les hormones du stress.
 
Les questions liées
 
- Pourquoi pleure-t-on au cinéma ? Comme pour le baillement, il s'agit ici d'une question d'empathie : en s'identifiant au personnage, nous nous approprions ses sentiments et les transmettons à notre hypothalamaus qui traite alors l'émotion ressentie comme s'il elle était notre.
- Pourquoi les femmes sont-elles plus sensibles que les hommes ? Difficile de généraliser, mais il y aurait deux explications principales à cette tendance. Premièrement, à partir de la puberté, les femmes ont dans leur sang un taux de prolactine plus élevé que les hommes. Hormone maternelle par excellence, elle a aussi un lien dans la gestion des émotions. C'est pour des raisons hormonales aussi que certaines femmes sont plus sensibles ou aggressives à certaines périodes de leur cycle... L'autre raison, non négligeable, est due à la socialisation et l'éducation aux émotions. Il est admis qu'un homme gère plus ses émotions et doit les maîtriser, tandis qu'une femme peut plus facilement "se laisser aller".
- Pourquoi dit-on "des larmes de crocodile" ? Mi-légende mi-vérité biologique, cette expression désigne une tristesse hypocryte, le fait de verser des larmes dans le seul but d'attendrir. Le côté légende veut que les crocodiles gémissaient pour attirer leurs proies, puis les saisissaient pour les dévorer. Récemment, une étude1 a été menées par le zoologiste Ken Vliet sur des crocodiles en captivité. De petites larmes ont bien été observées lorsque les crocodiles avalent leurs proies mais les raisons en sont encore un peu obscures. Certains avancent l'idée d'une connexion nerveuse entre les glandes salivaires et lacrymales; pour K. Vliet, ce serait surtout -lorsque l'animal avale sa proie- l'obstruction momentanée dans la gorge qui entrainerait le blocage du canal lacrymal et provoquerait l'émission de petites larmes. Celles-ci sont d'ailleurs très discrètes et non présentes chez tous les individus.

Pour aller plus loin...

- La lecture - écriture du corps (Villemaire Paquin, Filigrane : Ecoutes psychotérapiques, vol.18, n°1, 2009, p.48-59)
- Anatomie fonctionelle du cerveau (site médecine et santé)
- Le cerveau émotionel ou la neuroanatomie des émotions ( Francoise Lotstra, Cairn.info n°29 2002/2 )
- Régression, décharge émotionelle, catharsis - quelques élements de réflexion (P. Grauer, Revue Gestalt n°23)
- Emotional intelligence, D. Goleman (1995)
- The emotional brain, J. Ledoux (1998)
 
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